Dimanche 1 mars 2009

Rappelez-vous, dans ce même blog le 2 novembre dernier, j'évoquais d'une manière, comme toujours rapidement brossée et très superficielle, un écho des médias laissant prévoir que ça allait bouger autour de la rémunération des dirigeants. Bon, ça s'est un peu vérifié...
Partager de façon responsable les gains et les pertes, retrouver une relation de confiance avec la base, contribuer à redresser les comptes par une sobriété exemplaire, tels étaient les thèmes et enjeux d'une remise à plat de la paie des "highest rankers".

Récemment la question a dévié sur un autre terrain, celui du financement du chomage partiel.

 

On a vu chez Renault un exemple d'appel à la solidarité des cadres et ingénieurs envers les ouvriers et agents de maitrise touchés par le chômage partiel. Afin que ces derniers puissent être indemnisés plus largement, le constructeur fait appel à un fond spécial d'abondement, sorte de "pot commun" où les cadres sont amenés à cotiser avec leur propres jours de RTT.
En fait, ce système permet également de rendre possible le chomage partiel des cadres, dont la rémunération ne peut être réduite selon un accord de branche. Donc s'il rentrent chez eux, c'est partiellement à leur frais. L'automobile a toujours été un laboratoire social.
Voici quelques commentaires par
l'Usine Nouvelle, la CFDT, L'Express, ou encore des salariés qui réagissent sur le blog Mamantravaille (que je découvre au passage et qui me semble aussi un phénomène à suivre...).

Encore une fois, cette question de la solidarité forcée pose le problème du niveau à partir duquel l'encadrement des grandes entreprises commence à passer, d'une solidarité naturelle avec la base, à une solidarité économique avec la structure. N'oublions pas que dans l'industrie, un ingénieur est un ouvrier intellectuel !
Il faudrait absolument regarder comment le même phénomène trouve son équivalent dans les banques, par exemple, où la question de la production se pose d'une façon moins cruciale, bien que l'on y parle de plus en plus "d'usines" pour les centres de traitement...

Reste la question "de mémétique" qui me semble encore à explorer : que faire de tout ce temps libre qu'on n'a pas voulu ?
On n'a pas encore assez de recul pour évaluer les effets de ces périodes de chomage partiel, quelle que soit la catégorie socio-professionnelle.
Il y aura surement des moments très durs et des situations proches du "manque" pour des personnes qui se retrouveront chez elles d'un coup, sans l'avoir anticipé ni voulu.
Il y aura surement des impacts sur la santé pour ceux qui se sentiront rejetées par leur entreprise, effets comparés par Howard Bloom (cf Global Brain) au phénomène de l'apoptose (le suicide programmé des cellules qui n'est empêché que par un message de l'organisme signalant "on a besoin de toi").
Il y aura surement beaucoup de perturbation dans le fragile équilibre psychologique des ménages...

Mais il y aura de toute façon une abondance (en régime transitoire) de "temps de cerveau disponible".

Or la théorie mémétique, telle que je la comprends, nous dit que le temps de cerveau - ainsi que sa forme collective, la bande passante sociale - est la nourriture de base des activités humaines, de la brosse à dent au culte hebdomadaire, en passant par le travail et les loisirs organisés. Le temps libre en jachère, tant qu'il  n'est pas encore approprié ni "canalisé" par des solutions récurrentes (nouveaux loisirs, nouvelles habitudes, nouvelles préoccupations) représente l'équivalent d'une source de nourriture disponible pour des solutions prêtes à se reproduire en abondance.

Un peu comme un étang qui se retrouverait du jour au lendemain surchargé de nutriments par le déversement de ruisseaux dus à des pluies inhabituelles, ayant traversé des zones habituellement riches et fertiles. 
Un peu comme un verger à l'abandon, que ses habitants absents n'auraient pas pu récolter, et dont les fruits mûrs joncheraient le sol.

Pouvons-nous prédire ce qui va trouver à se développer, à consommer ce temps, voire à façonner une nouvelle niche culturelle, comme on le voit depuis plusieurs années avec les blogs ou la vie associative de quartier ?
Voilà qui éveille ma curiosité. On dit toujours que les méméticiens se gardent bien de faire des prévisions.
Je pense justement que dans une époque perturbée comme celle que nous vivons, ils peuvent se décomplexer carrément, vu la pertinence des systèmes de prévision et de régulation classiques !


Il ne faut certes pas oublier la complexité des choses, qui rend la prédiction intrinsèquement défaillante, mais au moins, décrypter les mécanismes à l'oeuvre dans une situation observée peut donner une bonne idée de ce qui est en train de se produire.


Qu'en pensez-vous ?





 

Par Pascal Jouxtel - Publié dans : Travaux pratiques
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