"La crise du capitalisme couve depuis des années. Elle s’avère profonde et n’avance pas à la même vitesse partout - les capitalismes d’Orient en sont à rattraper le cousin occidental - mais elle reste naturelle. Comme il est naturel d’imiter les solutions gagnantes lorsque les ressources abondent, et de réformer nos schémas mentaux sous l’effet miroir de la souffrance.
Les valeurs fondatrices du capitalisme furent d’abord de sacrifice (dur labeur, respect des contrats) puis d’affirmation (se dépasser dans l’exploit, libérer son prochain des griffes de Mère Nature). Le balancier revient : quand on a admiré l’exploit de dépasser son voisin, de gagner plus au mépris de la misère, et promu l’inter-comparaison générale, à la fin, les êtres bafoués réclament un nouveau respect.
Le claquage actuel est spectaculaire : c’est la rupture d’une cloison morale vitrée séparant le comportement, vanté dans le
contexte professionnel, du manager occidental, et les convictions qui l’animent le soir avec ses amis. D’un côté de la vitre, on évite la prise en compte du ressenti humain. Une niche se forme où
prolifèrent des solutions qui maximisent le gain, le risque et le plaisir de battre l’adversaire au BlackBerry pour une montre en or. De l’autre côté, on consomme équitable, on lit de la philo,
on veut être heureux avec moins et on fait le régime. Une « surprime » de misère noire et la vitre éclate ! Aux survivants de réinventer le système…"
Pascal Jouxtel - Eurogroup Institute
Et pour le même prix, c'est-à-dire cinq minutes de votre précieux "temps de cerveau", lisez dans le même numéro la chronique de Jacques Secondi intitulée cette semaine "Mémétique
attitude".
Bonne lecture et bonne semaine à vous !