Quelle sorte d’humanité après l'individu ?
Une discussion proposée par la Société Francophone de Mémétique
Avec les voix de Jean-Michel Besnier, Jean-Paul Baquiast et Hervé Juvin
Animé par Pascal Jouxtel
Nous sommes à peine entrés dans l’ère de l’individu, qu’il conviendrait peut-être déjà d’en sortir...
Nous vivons aujourd'hui une apparence de libre accès et de libre choix qui nous donne l'illusion de pouvoir être et faire toujours davantage, à notre guise. Nous prolongeons notre intellect par des agents technologiques d'information. Nous accordons nos émotions et nos idées en partageant des clips comme du pollen. Alors entre la personne et le réseau, la frontière disparaît. Le socio-net bloggeur fait de nous des clones égocentrés mais fonctionnant de plus en plus ensemble. L’individu ne nous suffit plus à représenter l’humain.
Pendant ce temps, tout ce que nous croyons faire nous fait. Les outils nous utilisent. Les modèles franchisés se mondialisent à l'emporte-pièce, tandis que le marché pilote nos sensibilités comme un synthétiseur d'émotions. Le respect des lois est cablé en dur - ou pas - dans nos encéphales. L’action violente se déplace à la vitesse de l’argent et des idées, tandis que l’ambition citoyenne se ramène à la moralisation des flux économiques et écologiques. Le monde devient trop complexe pour être appréhendé par un cerveau isolé. Il nous faudrait des « coachs » pour tout. Le sujet dépossédé se rebelle pour ne pas devenir trop vite objet. En Asie les vies s’effacent par dizaines de milliers. Chez nous l’euthanasie progresse. Notre intuition à beau sonner l'alerte, nos ego se rebiffer, à quoi bon tourner le dos à l'avenir ? L’individu ne nous suffit plus à être au monde.
Pour un méméticien, la société des hommes n'est guère plus qu'un terrain où poussent les créatures culturelles et les technologies. Du point de vue de ces phénomènes, afin de bien cultiver le terrain, il faut le mailler étroitement, tout en préservant sa souplesse de reconfiguration permanente. Au minimum, chacun doit rester suffisamment conscient pour assurer sa propre survie et maintenir sa connexion au réseau.
Par ailleurs, la mémétique questionne le libre-arbitre et décrypte l'origine même de notre notion d'individu responsable comme une nécessité co-adaptée avec la pratique des contrats, ciment des sociétés dominantes. Elle n'existe pas partout et n'a pas toujours existé. Combien de temps s'imposera-t-elle ?
Pour l’instant, on n’a pas encore mis en évidence de « conscient collectif ». La singularité autonome n’allume les foules que dans la barbarie, rarement dans l’éveil. On appelle aujourd’hui intelligence collective ce qui n’est encore qu’une capacité de résolution de problèmes inspirée des fourmis. Mais nous n’en sommes qu’au début d’un début…
La question que nous poserons à nos invités est la suivante :
« l'humain comme individu conscient sera-t-il prochainement dépassé et, si oui, comment l'humanité poursuivra-t-elle son aventure ? Evoluera-t-elle vers de multiples existences parallèles, vers le soi collectif des hyperêtres, vers un homme artificiellement augmenté, concubin de la machine pensante ou vers un simple repli du sujet, laissant les choses exister pour leur propre compte ? »
Mémoïd 2008 (voir le programme détaillé)
Séminaire de la Société Francophone de Mémétique
27, 28 et 29 juin 2008
Lieu
Tour Vista - Le Bistrot 22e étage
52-54 quai de Dion Bouton
92806 PUTEAUX