Dimanche 6 novembre 2005

Le samedi 5 novembre, à l'heure où blanchit la campagne et où les autos brûlent dans les banlieues, les auditeurs de Europe 1 ont eu la surprise de recevoir leur baptême des mèmes, grâce à la perspicacité de Catherine Nivez, qui produit chaque samedi matin une brève chronique de la vie du web et des (nouvelles) technologies de l'information.

C'est sous l'angle de la cyber-viralité et de la revendication des formes de vie informationnelles au statut de créatures vivantes que la question a été posée. Ce qui pullule sur le web ne pourrait certes se développer sans la communauté fortement "maillée" des cerveaux humains. Pour autant, les créatures culturelles dépendent autant de leur terrain de jeu humain que les animaux dépendent de la forêt qui les héberge, les protège et les nourrit.

Ni plus, ni moins.

Ecoutez la chronique ici pendant quelques semaines :

 
 
Par Pascal Jouxtel - Publié dans : Radio
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Jeudi 15 mai 2003
La mémétique permet de se déconditionner
C'est le titre de l'interview synthétique et pêchue de la non-moins énergique Anne Kerloc'h (responsable des interviews au quotidien 20 minutes), paru le 12 mai 2006.

Interview de Pascal Jouxtel, président de la société francophone de mémétique

Pouvez-vous donner une définition de la mémétique pour non-initiés ?

C'est une approche évolutionniste de la reproduction des codes culturels, les mèmes. Un mot proche de gène, parce que les sociétés, les entreprises, les systèmes de pensée sont des mondes vivants. Il y a transmission, mutation et sélection des codes culturels, qui sont en concurrence pour se reproduire dans la société.

Quels sont les mèmes les plus aptes à se reproduire ?

Ceux qui nous font exister dans l'espace social, qui attirent le regard des autres. Pour héberger un mème en soi, il faut en retirer une certaine gratification. Ainsi les expressions, les publicités qui se répètent et se transmettent le plus facilement sont celles qui incluent ce que j'appelle « un kit théâtral » qui permet de se mettre en scène. Il y a également la rareté, qui peut être commercialement organisée, notamment dans les jeux des enfants, avec les collections de cartes. Celui qui a une carte Pokémon rare voit les regards converger vers lui. Tout comme celui qui a cinquante cartes face à celui qui n'en a que six....

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Une petite explication technique pour ceux que cela intéresse :  si les mèmes qui nous font exister davantage dans l'espace de co-perception survivent mieux, c'est tout simplement qu'ils font naitre des solutions comportementales plus voyantes et plus mémorables...  Du coup, ces solutions occupent davantage d'espace perçu et de "bande passante sociale", ce qui accroit leurs chances d'être mémorisées avec une émotion positive (une récompense) attachée au souvenir de la situation où on les a perçues. L'exemple du téléphone portable est caractéristique de cette propagation.
Tout comme la formule rétroscopique  "100 % des gagnants ont tenté leur chance" appliquées aux solutions inventées par l'homme, cela peut paraître une tautologie qui se mord la queue, et pourtant l'algorithme évolutionnaire fonctionne comme cela :
Ce ne sont pas les mèmes les plus adaptés qui survivent, mais ceux qui survivent qui sont simplement là pour raconter  leur histoire et montrer comment ils se sont adaptés !
Une fois que vous avez bien compris cela, vous  comprenez bien l'évolution,  et l'idée dangereuse de Darwin(1) ne vous fait plus peur.

(1) Formule tirée d'un fameux essai du philosophe Daniel C. Dennett, paru en 2000 chez O. Jacob, sous le titre Darwin est-il dangereux ?





Par Pascal Jouxtel - Publié dans : Presse écrite
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