Encore un débat issu de la remarque d'un méméticien (et même plusieurs) suite à mon passage dans Osmose de Fabienne Chauvière sur France Inter dimanche dernier (le 27.11).
La critique (de la part de Christophe Jacquemin, de la revue Automates Intelligents) était que je n'aie pas suffisamment affirmé le caractère radicalement novateur de la mémétique, dès le début de l'entretien, et surtout en dépit des orientations données à celui-ci par la journaliste invitante. Il faut, souligne Christophe, porter plus haut un discours radical, faute de quoi le "grand public" ne verra dans la mémétique qu'une lapalissade ou une prose de Monsieur Jourdain, ce qui vous le savez, serait faux.
Alors, quel message-clé devons-nous délivrer aux médias ? Profitons-en pour énoncer en peu de mots ce que la mémétique apporte de neuf :
La mémétique est l'intégration de la sphère culturelle (informationnelle, économique, psychologique et sociale) dans le règne du vivant, étendu au-dela du biologique.
Les véhicules de l'évolution culturelle (rites, organisations, comportements, idées, langages, objets) se nourrissent et se reproduisent en utilisant le terrain humain comme habitat et notamment en exploitant les facultés de notre cerveau, y compris sa capacité à opérer des choix. Nous ne sommes pas les auteurs de nos idées mais leur lieu d'habitation.
L'évolution culturelle, dans le cadre Darwinien, est portée par un code dont la représentation n'est pas encore accessible, dit code mémétique, dont les méméticiens s'emploient à cerner la "grammaire".
Voilà, c'est fait, c'est dit. A partir de là, la discussion commence, et si l'on veut illustrer cela concrètement pour le "grand public", il faut donner des exemples, et là on ne peut que parler des vraies choses de la vie. Du coup, les gens pensent "ah, alors ce n'était que ça, la mémétique ?" Comme si on expliquait la logique en disant "tu vois, par exemple tu as des poissons rouges chez toi, donc j'en déduis que tu aimes les animaux. C'est de la logique."
Je constate souvent qu'il y a deux temps dans l'accession à la théorie mémétique de la part des nouveaux arrivants à l'esprit curieux. D'abord, un temps d'acceptation du changement de perspective, ou d'accomodation, pendant lequel la seule motivation est une curiosité étrange un peu inconfortable. Et ensuite, boum, une ouverture soudaine sur un nouveau monde de représentations, pendant lequel la personne fait des centaines de liens à la minute avec tous les champs possibles d'exemples et de situations montrant du code en train de se reproduire, de muter, d'être selectionné impitoyablement par les contraintes de la société, de la cognition ou simplement de la matère.
Cela me fait penser aux stéréogrammes, ces dessins doubles que l'on doit fixer quelques instants à vingt centimètres et où l'on ne voit d'abord rien, puis tout d'un coup, un objet en relief qui se dégage peu à peu.
Il faut par ailleurs re-situer ce discours dans le cadre d'une invitation à s'exprimer dans une émission de radio. On y est invité, et tant que l'on n'a pas la grosse tête, on est touché par l'intérêt que l'on vous porte, et surtout, on est accaparé par l'esprit qui règne dans l'univers de l'émission. Il souffle un vent déstructurant pour le message auquel il est très difficile de résister (cette résistance, j'espère, viendra avec le temps). Par ailleurs, c'est ainsi que se crée la matrice de partage où les idées vont être partagées, les mèmes transmis, où les systèmes vont pondre. Avec un peu plus d'expérience que je n'en ai actuellemt, on doit "sentir" aussi au sein de la matrice de partage les milliers d'auditeurs qui eux, sont loin de l'intimité déstabilisante qui règne au studio.
En tout cas, merci Christophe de m'avoir invité à cette réflexion.