Ce texte constitue l'intégralité de ma réponse à l'article de Nicolas Journet dans la revue Sciences Humaines (N° 183 - juin 2007).
Vous pouvez lire d'abord une réponse spécifique à certains point particuliers de l'article.
Pour lire l'article, vous devez débourser quelques euros, vous le trouverez notamment en kiosque tout le mois de juin.
Cher Nicolas,
Votre article paru dans le numéro 183 de Sciences Humaines sous le titre « Les espoirs déçus de la mémétique » appelle naturellement une réponse de la part de la Société Francophone de Mémétique, que je représente en qualité de président, mais dont vous semblez ignorer les travaux. Découvrez-la sur son site www.memetique.org et n’hésitez pas à vous joindre à nous.
Je veux plutôt croire que vous abordez la mémétique d’un point de vue général plus large que celui de l’école francophone. A ce titre, merci de l’intérêt sérieux que vous lui portez.
Merci surtout pour le coup de pied au cul que vous donnez à tous les méméticiens, tout particulièrement francophones et dont je suis, qui n’ont pas assez donné de leur temps et de leur énergie ; qui n’ont pas su convaincre les universitaires, qui n’ont pas su formaliser leurs longues heures de discussion par des écrits, qui n’ont pas su faire aboutir assez vite la programmation de leurs simulateurs, qui n’ont pas su organiser des événements interdisciplinaires, et surtout qui n’ont pas su présenter la mémétique comme le projet collectif (et pas seulement scientifique) à long terme qu’elle représente en réalité.
Lorsque vous dites que « son succès est pour l’instant compromis », je suis d’accord avec vous mais cela n’empêche nullement de continuer le travail, car dans ce « pour l’instant » réside un immense espoir et un énorme potentiel !
M² (ainsi que nous appelons familièrement le mème des mèmes) semble en effet menacé par l’extinction. Menacé, il l’est depuis son apparition mais il n’était jusqu’alors pas assez visible pour que l’on s’en inquiète. Il est donc, telle une jeune pousse, toujours menacé mais beaucoup plus robuste qu’il y a quelques années ! La preuve, l’excellente revue Sciences Humaines tire la sonnette d’alarme, et elle a bien raison.
Votre article est sérieux, intéressant, et juste en tous points à part quelques précisions que j’apporterai au fil de mon propos. Le seul reproche que je ferais est que vous n’accordez strictement aucune existence à la mémétique francophone, qui existe bel et bien, qui est vivante même si elle ne fait pas assez parler d’elle. Ce soir, le mot mémétique avec ses deux accents aigus renvoie 88.000 réponses en français dans Google. Il y a cinq ans, il en donnait à peine 800. Je connais une quinzaine de méméticiens de langue française, auxquels viennent s’ajouter un certain nombre de chercheurs reconnus qui, sans se déclarer méméticiens, effectuent des travaux en rapport avec la sélection des informations, le codage de la pensée, ou la constitution des niches culturelles.
Raisonnons en méméticiens : bien au-delà de nos personnes, à travers réseaux et institutions, le paradigme mémétique cherche naturellement à survivre et à se propager. Il le fait en se manifestant à travers ce que l’école française appelle des « solutions ». J’insiste sur ce point pour avoir eu de longs débats avec Susan Blackmore, dans sa maison de Bristol, sur le concept central de « solution culturelle », dont elle reconnaissait que c’était une spécificité de l’école française.
Les solutions correspondent pour nous aux équivalents des créatures biologiques ; en cela elles constituent les véhicules permettant d’exprimer les mèmes en permettant leur interaction avec l’environnement sélectif. Exemple de solution générique : un repas. Exemple de solution instanciée : votre repas de midi aujourd’hui. Exemple de mème : déjeuner chez soi vs au restaurant. Exemples de contraintes : le prix ; les restaurants du quartier ; le trajet.
Le problème de M² actuellement, c’est que les solutions qui permettraient sa propagation sont en nombre insuffisant. Elles pourraient être de différents types : rencontres, discussions, séminaires, articles, interviews, blogs, thèses, simulations, enquêtes, expériences.
Il en existe pourtant d’aussi baroques que des classes expérimentales d’arts plastiques sur le codage des formes et la difficulté de reproduire une œuvre, effectuées en classe de troisième dans un collège du Val d’Oise en mai 2006 (comptes-rendus en images à votre disposition).
Mais elles sont en nombre insuffisant, je vous l’accorde.
Dans quelle éco-niche de l’activité humaine M² trouvera-t-il sa pitance ? Lors de notre assemblée générale de novembre 2006, la conclusion était (en anglais dans le texte) : « more braintime ! ». Votre article nous rend déjà service, car j’ai constaté une hausse brutale du temps de cerveau consacré à la mémétique dans mon entourage grâce à lui !
M² est un concept nomade qui cherche une terre d’asile. C’est vrai.
Poser la question ainsi, c’est s’interroger à la fois sur les usages que l’on peut trouver à la mémétique, sur ses sources de légitimité et globalement sur le financement des recherches.
Nous sommes régulièrement pris en étau entre deux reproches.
D’une part, on nous dit : pourquoi cherchez-vous absolument à être reconnus en tant que science par la communauté scientifique, alors que le grand public et le monde de l’entreprise vous recevraient à bras ouverts ?
Dans le même temps, on entend : si vous vous vendez au monde de l’entreprise, vous perdez l’essentiel de ce qui fait la finalité d’une recherche sur la reproduction des codes culturels, à savoir la capacité d’éveil et de déconditionnement. Pour certains interlocuteurs militants, proches des écologistes, des altermondialistes radicaux ou des syndicats, la mémétique n’est autre qu’une étape de plus dans la course aux armements intellectuels de la lutte des classes ! Comme la physique nucléaire, elle peut servir deux finalités opposées. Elle peut servir à la manipulation, à l’élevage des comportements, tout comme elle peut servir à l’éveil des consciences et à la libération par rapport aux influences qui font de nous des moutons, comme votre dossier le rappelle très justement. Il s’agit pour chaque camp de comprendre les techniques de l’adversaire.
Donc si l’on regarde les sources de légitimité et de financement du fameux « braintime », on trouve principalement : l’entreprise privée, la recherche publique et le monde associatif. La quatrième source serait le buzz spontané de « l’air du temps ». Comme certaines plantes, M² pourrait ainsi tirer sa subsistance de la vie collective de l’internet pour quelques années encore.
Mais ce n’est pas ce que nous, méméticiens, recherchons. Nous voulons plus.
Voyons maintenant ce que demande chaque source de financement.
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Le privé demande des effets sur la performance de l’entreprise, à travers l’évolution des comportements, des pratiques, des cultures d’entreprise. Il les obtient, croyez-moi, mais malheureusement, les résultats ne sont pas publiables parce qu’ils appartiennent aux entreprises ! Demandez à Paul Marsden comment il gagne sa vie de méméticien aujourd’hui : en faisant des études de marketing stratégique.
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Le public demande une allégeance aux paradigmes existants, pour reprendre l’expression de Thomas Kuhn, ou aux structures de validation établies et souvent une allégeance aux personnalités tout court. J’ai été affligé de lire peu ou prou sous la plume de M. Cavalli-Sforza : « Dawkins a tout faux et d’ailleurs, il a piqué toutes ses idées chez moi ». Je trouve illogique de constater que Dan Sperber écrit en 1996 La contagion des idées en s’affichant contre la mémétique, pendant que la même année, Aaron Lynch écrit Thought contagion en disant je suis un méméticien.
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L’associatif, en revanche, ne demande pas grand-chose si ce n’est d’entretenir la motivation, car les ressources en temps viennent en concurrence avec les loisirs, la culture et la vie de famille.
Aujourd’hui, la mémétique française développe dans cette niche, faute de mieux, sa partie « grand public », en essayant tant bien que mal de la concilier avec son action dans le monde de l’entreprise, laquelle reste entachée de suspicion, comme en témoignait un article de Télérama auquel j’ai répondu dans mon blog. On aurait cependant tort de sous-estimer la puissance intellectuelle du monde associatif ; celui-ci peut mettre à profit le temps libre des 20% de la population qui ont fait des études supérieures, dépassant sans doute en volume ce que l’état peut chichement rémunérer dans le cadre des programmes de recherche.
Allons davantage dans le fond. Quels sont les traits caractéristiques du paradigme méméticien selon l’école française ? J’en vois principalement quatre.
1. Revendiquer l’extension du vivant au-delà du strict contour de la biologie, vers l’organisationnel, vers l’informationnel. Rejoindre en cela la systémique de Morin et De Rosnay, le transhumanisme ainsi que la sémiophysique hélas inachevée de René Thom. Cela conduit également à introduire une relative autonomie du pensé par rapport au penseur.
2. Situer la créature véhiculant les mèmes dans un monde dual, un monde événementiel, sans considérer les personnes comme des « porteurs » d’un quelconque mémotype. Ici je m’inscris en faux contre une définition du mémotype que vous donnez : seules les solutions ont un mémotype ; les personnes n’en ont pas, jouant seulement le rôle de terrain pour le développement et la transmission éventuelle des mèmes. Nous ne sommes pas des moutons, nous sommes plutôt des maisons vivantes qui se regroupent et interagissent !
3. Reconnaître la nature multivalente du code mémétique, qui rend si difficile son exposition tangible. Quelque part entre le symbolique et le biochimique, dirait Stanislas Dehaene. Mais aussi quelque part entre l’intérieur de l’homme et l’extérieur des organisations. Nos travaux amènent à considérer une quadruple nature des mèmes : logique, symbolique, pratique et neuronale.
4. Intégrer en permanence la dimension éthique au cœur d’un décryptage des processus d’adhésion volontaire ou non, décryptage capable à la fois de faciliter la transformation des mentalités et de rendre les gens plus libres.
Il s’agit tout aussi bien d’une évolution progressive de la rationalité, car la posture des méméticiens oblige à un recul épistémologique sur la manière dont les nouvelles idées trouvent écho dans une communauté.
C’est justement pour cette raison qu’il ne s’agit pas seulement d’une théorie rationnelle qui doit faire ses preuves en confrontant une prédiction avec une observation (même si je suis sûr que c’est possible, au moins avec des observations passées ne risquant pas d’être influencées par la prédiction). Il s’agit aussi d’un regard, d’une façon de penser le monde et d’y vivre.
Parfois, il nous semble que la transformation opérée par la mémétique se produit simplement avec une grande lenteur, parce que les modes de pensée qui sont nécessaire pour la comprendre doivent eux-mêmes être développés en parallèle.
Sous certains aspects, la mémétique recoupe la sphère du développement personnel. Il n’est pas étonnant de trouver dans son sillage – donc dans l’écosystème de M² - un nombre important de consultants indépendants ou attachés à des cabinets.
Ce que Dan Dennett appelait « la pompe à intuition mémétique » est en réalité une force de transformation du paradigme dominant selon lequel, entre autres : le vivant s’arrête au biologique, l’homme en est l’aboutissement, les choses sont soit matérielles soit immatérielles et chaque action possède un acteur responsable.
Ce qui la tue aujourd’hui, c’est cette exigence outrancière et brutale héritée du marché de la communication de masse, imposant que l’on exprime tout en trois phrases simples que le grand public va pouvoir assimiler rapidement.
On revendique ainsi l’utilisation d’exemples à l’emporte-pièce dont on ne signale même pas qu’ils sont l’illustration même de la viralité, se propageant pour constituer une pensée collective en se jouant du libre-arbitre des auteurs, des journalistes et des lecteurs. La mémétique, au contraire de cela, est un sujet complexe, nuancé, profond et évolutif ! C’est plein de « mais », de « pas encore » et de « à la fois ».
Tant qu’il est ramené à des métaphores illustratives simples, le raisonnement parait toujours simpliste. Aussi simpliste que les catégorisations des peuples comme « les Allemands sont disciplinés et les Noirs ont le sens du rythme ». C’est pourquoi il faut revenir sans cesse sur le chantier, supporter la complexité et « peler l’oignon » couche après couche.
Je suis complètement d’accord avec vous sur le caractère central des simulateurs dans le projet. D’ailleurs, à propos de prévision, quand les simulateurs mémétiques seront assez puissants pour prédire l’évolution de la société, nous ferons peut-être tous les deux partie du comité qui voudra les interdire, ou tout au moins en moraliser l’emploi par des règles d’éthique !
Je me souviens d’une conversation avec Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin (Automates Intelligents et co-fondateurs de la SFM) à propos de simulateurs. La position de JPB était plutôt favorable et optimiste quand à la possibilité de fournir des outils de simulation des tendances sociales à l’usage des gouvernants. On en est loin mais ces choses-là avancent vite.
En tout cas, je vous rejoins dans le fait que c’est passionnant car cela nous force à usiner les concepts avec précision, et non sans peine, comme en témoigne le travail de Charles Mougel, un méméticien d’Epinal, co-concepteur avec moi du programme Memsim.
Les personnes dont la liste suit sont des membres actifs ou sympathisants de la SFM. En général, leur activité est corrélée de près ou de loin avec le travail des mèmes. Comme il n’existe pas encore de filière professionnelle ni de cursus académique, ni « BAC Pro Mémétique appliquée » ni « Laboratoire de l’évolution culturelle », ils sont méméticiens et… autre chose encore :
Jean-Paul Baquiast, co-rédacteur en chef de Automates Intelligents et observateur des sciences
Christophe Jacquemin, idem + Enseignant à l'université Denis Diderot (Paris VII)
Charles Mougel, informaticien, entrepreneur, développeur du simulateur Memsim1
Eric de Rochefort, consultant spécialisé dans l’analyse des préférences cognitives
Bertrand Biss, designer et webmestre du site www.memetique.org
Angela Ryan, professeur de lettres Françaises à l’université de Cork et auteur d’une thèse sur les mèmes symboliques de l’héroïne de fiction
Jean-Michel Besnier, professeur de philosophie à Paris 4 La Sorbonne
Bernard Duclos, consultant en stratégie, marketing et communication,
Jean-François Lucas, enseignant en d’informatique et auteur du simulateur JFLMemsim.
Paul Tréhin, vice-président de l’association Autisme Europe, spécialiste de l’imitation
Juan Aragon, consultant et cognitiviste, créateur de la méthode « Empreinte »
Eric Seuillet, prospectiviste, fondateur de la « fabrique du futur »
Denis Failly, consultant indépendant et spécialiste des sciences émergentes
Christophe Jouxtel, professeur agrégé d’arts plastiques
Mona Abboud, auteur d’une thèse de mémétique en français et en arabe, au Liban
Christophe Hoffstetter, cognitiviste, développeur du concept de sémacartes
Luc Legay, chercheur spécialisé dans l’intelligence collective
Jean-Pierre Quentin, professeur affilié à HEC, prospectiviste et chef d’entreprise
Il y en a d’autres ; il y en aura de plus en plus d’autres.
Aujourd’hui en France, quelle est l’actualité déclarée de la mémétique ?
Un séminaire annuel qui en est à sa quatrième édition :
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le dernier à Paris en 2006, tenu au siège de l'Association des anciens élèves de l'INSEAD voir éléments de synthèse sur le site www.memetique.org.
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le prochain à Epinal en juin 2007, à la Pépinière d’entreprises. Voir le programme et les conditions d’inscription.
Deux ouvrages ont été publiés par des membres de la SFM :
- Comment les systèmes pondent, P .Jouxtel, 2005 Ed. Le Pommier
- Pour un principe matérialiste fort, JP Baquiast, 2007 Ed. Jean-Paul Bayol
Deux projets de simulateurs (MemSim1 et JFLMemsim) constituent le programme de recherche libre MemSim.
Un lieu de rencontre virtuel assez vivant constitué par la liste de discussion et le site web www.memetique.org
Tout cela est, de mon point de vue, très insuffisant et manque de rencontres « in vivo ».
Les véritables critiques (je vous les souffle) qu’on pourrait adresser à la Société Francophone de Mémétique, à condition de (re)connaître son existence, seraient les suivantes :
1. Elle n’a pas encore su organiser le débat, notamment avec les penseurs péri- ou para- mémétique. Parmi eux, beaucoup gardent une distance prudente, simplement parce que l’adhésion à la mémétique présente un rapport gain / risque très défavorable pour eux. Ils ont une réputation à défendre, ce qu’aucun méméticien n’a pour l’instant, à part Susan Blackmore, peut-être : et si on se trompait ? Et si on n’aboutissait nulle part ? Et si on pariait sur le mauvais cheval ?
Cependant, sitôt que l’on commence à s’entretenir avec des personnalités comme Michel Serres ou Jean-Pierre Changeux, on s’aperçoit que derrière leur critique de façade, non seulement leur intérêt pour le projet méméticien est profond et réel, mais leur pensée propre évolue avec le temps pour intégrer une réflexion, sur le rôle des modèles, la duplication et la dialectique semblable/différent dans l’histoire humaine pour l’un, sur la portabilité des règles épigénétiques (quasiment un autre mot pour dire des mèmes) pour l’autre.
Par ailleurs, et près d’ici, des chercheurs actifs tels que Frédéric Kaplan, Pierre-Yves Oudeyer ou David Chavalarias utilisent les concepts mémétiques sans rougir. Vous effleurez ce point dans votre article mais ce que vous ne dites pas, c’est que le projet mémétique est au moins aussi actif sinon plus en France que dans les pays anglo-saxons.
La SFM compte parmi ses membres hors-sol une chercheuse Libanaise, Mme Mona Abboud, qui vient de soutenir à Beyrouth une thèse sur la mémétique en langue arabe. Je trouve que c’est en soi une information intéressante sur fond de mondialisation et d’antagonisme culturel. Elle m’a fait cadeau de cette image trouvée sur le net.
2. La SFM ne pratique pas le lobbying nécessaire auprès de la presse et des universités. Je plaide coupable car ce serait mon job en tant que président, mais c’est un exercice pour lequel je ne suis pas naturellement doué et pas formé.
3. Elle ne soutient pas suffisamment les projets de recherche, en gestation, des étudiants intéressés par le sujet qui s’adressent à elle à raison de deux ou trois par an. C’est hélas la preuve de son manque d’influence vu au point 2.
4. Elle ne s’implique pas assez dans les structures de recherche en management et en communication proches du monde de l’entreprise, notamment en lien avec les grandes écoles d’ingénieurs ou de commerce. C’est dommage car le rapprochement entrepreneurs-chercheurs est un chemin vertueux sur lequel la France est en retard.
5. Elle ne produit pas assez de documents de référence. A ce titre, on peut s’inquiéter du fait que l’article « mémétique » de la Wikipédia, auquel beaucoup de gens se réfèrent, soit si ancien, si approximatif et si court, et qu’aucun méméticien sérieux et engagé ne se charge de sa mise à jour, à commencer par moi-même !
Faudrait-il garder malgré tout un recul confiant ? Certains promoteurs de la mémétique disent volontiers dans la sphère de la SFM : « pourquoi vous inquiéter de son manque d’essor ? Si M² doit survivre, il survivra. S’il doit muter, il mutera. Quand les esprits et les structures seront prêts, M² sera toujours vivant et saura bien s’implanter dans une niche où il trouvera à se nourrir. »
D’ailleurs, en détaillant le chemin qui reste à parcourir, on pourrait ajouter :
- Quand les discussions auront abouti sur des concepts communs dans lesquels chacun arrive à se retrouver et à s’oublier à la fois, les jeunes chercheurs qui en veulent et les vieux caciques,
- quand on arrêtera de rappeler à chaque fois que c’est le sociobiologiste anglais Richard Dawkins qui s’est auto-décerné abusivement la paternité d’un concept nomade que tout le monde aurait rêvé d’inventer soi-même,
- quand les simulateurs auront été effectivement réalisés, au besoin dans des labos d’IA financés par des groupes industriels,
- quand la recherche explosera ou s’asphyxiera sous l’effet de son hyper-spécialisation et de son cloisonnement morbide, faisant place à une recherche ouverte, transdisciplinaire et libre, alors la mémétique trouvera sa place et son territoire de vie partagé avec d’autres disciplines.
Mon propos, en tant que méméticien, c’est que M² survive et ne s’installe pas n’importe où, simplement parce qu’il aura été rejeté ailleurs.
En conclusion, cher Nicolas, je vous propose de prolonger cette discussion de vive voix autour d’un verre dès que vous aurez une heure à y consacrer !
Très cordialement,
Pascal Jouxtel